Les villes de Saint-Jean-de-Luz et Ciboure ont vu subsister, jusqu’à la fin du XXè siècle, une population particulière dénommée kascarot (kaskar : de peu de valeur). Leur origine est mal connue : on les dit descendants des cagots, ces « fils de goths » établis dans la région dès l’an mil. Dès le Moyen-Age, les cagots sont exclus de la société car soupçonnés de transmettre la lèpre. Repoussés à l’extérieur des villages, tenus de se marier entre eux, il leur est interdit de boire l’eau des fontaines ou de toucher les aliments.
En 1320, le Roi Philippe Le Long les accuse d’empoisonner les puits et ordonne leur massacre. La plupart se réfugient en Pays basque, protégés par le parlement de Navarre qui échappe à l’autorité royale. Le bois étant la seule matière réputée ne pas transmettre la lèpre, ils deviennent bûcherons, charpentiers de bateaux, tonneliers… Les femmes sont cartomanciennes ou guérisseuses et souvent de réputation légère. Elles seront les victimes toutes désignées des procès de sorcellerie du XVIIe siècle.
En 1684, le Roi Louis XIV lève les interdits pesant sur les cagots contre le paiement de leurs impôts. Au fil des années, ils se mêlent à la population de Saint-Jean-de-Luz et de Ciboure participant à la vie économique, centrée sur l’activité maritime. Une communauté s’installe au quartier de la Barre, face à la Rue de la République, dans les maisons ruinées par les inondations.
A la guerre ou à la pêche, les hommes sont absents plusieurs mois par an. Les femmes occupent les emplois les plus durs, notamment dans la préparation et la vente des petits poissons. Jusqu’en 1778, la pêche est débarquée directement sur la plage car les marchands de morue interdisent l’accès du port aux sardiniers.
Ce sont les kaskarots qui négocient le poisson directement au bateau et courent le vendre, panier sur la tête au marché de Bayonne. La nuit, elles sont filetières, remaillant les filets des pêcheurs. Quelques années plus tard, l’abondance des pêches fait naître toute une industrie. Les kaskarots fournissent alors une partie de la main d’œuvre des « presseries » où l’on apprête et où on sale la sardine. La Rue de la République, dernier bastion des kaskarots, se souvient de ces femmes hautes en couleurs qui ont marqué l’histoire de la ville.