Le dernier témoin d’une activité qui fit la richesse de Saint-Jean-de-Luz jusqu’au XVIIè siècle.
Depuis la nuit des temps, les Basques ont profité des échouages des baleines franches dites « baleines de Biscaye » qui peuplaient le golfe de Gascogne, avant de s’aventurer sur des chaloupes pour les poursuivre le long des côtes. Des textes datant du XIè siècle attestent de cette activité, très organisée, qui devient rapidement un pilier de l’économie et contribue à bâtir une solide réputation aux pêcheurs basques.
C’est une chasse dangereuse où bon nombre de marins périssent chaque année. Mais l’activité est très lucrative. La gras permet la fabrication du savon et de l’huile, très recherchée pour l’éclairage, la préparation des cuirs, l’apprêt des étoffes et le calfatage des bateaux. Le squelette est utilisé comme pièces de charpenterie, les fanons sont transformés en manches de couteaux ou éventails ; l’ambre gris sert en parfumerie. La langue qui peut peser une tonne, est la partie noble réservée à l’élite. La chair, une fois salée, est nommée « lard de carême » : elle est destinée aux gens du peuple qui jeûnent alors 140 jours par an.
A partir du XVè siècle, grâce à l’invention de la boussole, les pêcheurs n’hésitent pas à traverser l’Océan, vers les eaux du Grand Nord et les Terres-Neuves, riches en baleines et en morues. Le XVIè siècle marque l’apogée des grandes pêches. Saint-Jean-de-Luz devient un port d’armement et l’un des principaux centres de déchargement de produits baleiniers et morutiers. En 1578, 80 navires sont construits et 3 000 marins embarquent au printemps pour revenir à l’automne.
En 1635, le capitaine Martin SOPITE invente un procédé révolutionnaire qui permet de fondre la graisse des baleines à bord des navires. Le savoir-faire des marins basques est alors très recherché. Ainsi, harponneurs, dépeceurs, maîtres de chaloupe, coupeurs de lard sont recrutés par des compagnies anglaises, hollandaises et anglo-russes entraînant, peu à peu, la perte du monopole des Basques.
En 1713, la signature des traités d’Utrecht dépossède la France de ses territoires de pêche canadiens et de l’île de Terre-Neuve au profit de la Grande-Bretagne. Dès lors, le port de pêche et le commerce périclitent et Saint-Jean-de-Luz, ravagée par la mer, s’enfonce peu à peu dans la misère.